- RIBEIRO (A.)
- RIBEIRO (A.)RIBEIRO AQUILINO (1885-1963)L’une des figures littéraires les plus marquantes du XXe siècle portugais et sans doute l’un des plus grands écrivains du Portugal, tel est Aquilino Ribeiro. Sa terre natale, ses affections, les péripéties qui formèrent la trame de sa vie marquèrent profondément son œuvre.Né en 1885 à Carregal da Tabosa, près de Sernancelhe, de Mariana do Rosario Gomes et de Joaquim Francisco Ribeiro, curé du village, Aquilino passe son enfance dans les montagnes rudes et granitiques de la Beira Alta. En 1895 la famille s’installe à Soutosa, non loin de Moimenta da Beira. Cette maison sera un havre, une cachette, une retraite tout au long de la vie de l’écrivain. Il commence ses études dans l’austère collège de Nossa Senhora da Lapa puis à Lamego. Il étudie la philosophie à Viseu en 1902 et à la fin de l’année entre au séminaire de Beja, mais il ne supporte pas ce genre de vie et revient à Soutosa en 1904 sans terminer son année.En 1906 il vient s’installer à Lisbonne et commence à écrire. Aquilino Ribeiro a déjà fait preuve de son esprit d’indépendance et de son individualisme. Toute sa vie il s’opposera à l’hypocrisie d’une morale étroite, mais aussi aux régimes qui la confortent et rognent les libertés tout en confinant l’homme dans la misère. Or, en 1907, le Portugal connaît une période d’agitation politique; les mouvements d’opposition à la monarchie se font plus violents. La république sera proclamée en 1910. Aquilino Ribeiro va se trouver mêlé à une tentative d’attentat. Il est arrêté et incarcéré mais réussit à s’évader et prend le chemin de la France. Son activité d’opposant à la monarchie d’abord, puis au régime militaire, l’obligera par trois fois à fuir son pays.À Paris il fréquente la Sorbonne, connaît écrivains et artistes. Il rencontre une jeune étudiante allemande, Greta Tiedeman, qu’il épouse en 1913. Il publie son premier livre, un recueil de contes, Jardim das tormentas . Lorsque la guerre éclate en 1914, il retourne au Portugal. Il enseigne au lycée Cam oens, à Lisbonne, puis entre à la Bibliothèque nationale. En 1918 il publie un roman fortement imprégné de souvenirs d’enfance, A Via sinuosa (La Voie sinueuse ). Avec un groupe d’intellectuels il participe à la création du mouvement Seara Nova qui tentera d’infléchir la politique du pays et d’où naîtra la revue critique et doctrinaire du même nom qui a marqué la vie intellectuelle au Portugal. En 1919 son nouveau roman Terras do demo a pour cadre les villages de son enfance et pour héros les rudes paysans de cette terre déshéritée. D’autres livres suivront: Filhas da Babilónia (1921), Estrada de Santiago (1922). En 1924, il écrit pour son fils Romance da raposa , qu’illustre Benjamin Rabier.Les années 1927 et 1928 le voient impliqué dans deux coups de force contre la dictature militaire. La première fois il s’exile et revient clandestinement; la seconde il est incarcéré. Il s’évade. C’est à nouveau l’exil. En 1929, devenu veuf, il épouse Jerónima Dantas Machado, fille de l’ancien président de la République portugaise, exilé lui aussi. En 1930 il écrit O Homem que matou o diabo , en 1931 A Batalha sem fim .En 1932 il rentre au Portugal. Amnistié, il s’installe à Cruz Quebrada. C’est là qu’il écrira nombre de ses œuvres. Romans, contes, nouvelles, traductions, critiques se succéderont au rythme d’un ou deux livres par an. Aquilino Ribeiro est maintenant un maître reconnu et respecté. En 1956 il est élu président de la Société des auteurs portugais qui vient d’être créée; en 1958, sociétaire de l’Académie des Sciences de Lisbonne. En 1960 il est proposé pour le prix Nobel. Il est cependant encore inquiété en 1959 et son roman, Quando os lobos uivam , saisi par la censure.Il meurt en 1963, à l’âge de soixante-dix-huit ans, après avoir publié dix-huit romans, six recueils de contes ou de nouvelles, cinq livres pour enfants, des traductions, des essais, des études historiques (Os Avós dos nossos avós , 1943), des hagiographies, des biographies et études critiques, sur Cam oens et Camilo Castelo Branco notamment, qui bouleversaient les idées admises (Luís de Cam oes fabuloso e verdadeiro , 1950).De ces œuvres multiples et multiformes nous retiendrons Maria Benigna (1933), Mónica (1939), O Arcanjo negro (1947), romans d’atmosphère citadine; une chronique romancée, A Casa grande de Romarig aes (1957); des ouvrages où se mêlent l’histoire, l’ethnographie et le souvenir Aldeia: terra, gente e bichos (1946), Geografia sentimental (1951), O Homem da nave (1954). Et parmi les œuvres les plus marquantes, ses romans liés à la Beira Alta: Cinco Reis de gente (1948), Uma luz ao longe (1948), Lápides partidas (1945), Volfrâmio (1944) né, comme Quando os lobos uivam , de circonstances historiques et politiques qui ont bouleversé la province: l’un de la fièvre qu’engendra la recherche de ce métal précieux pour l’armement, l’autre de la politique contestée de reboisement des terres communales.La connaissance que l’auteur avait de sa région, de la dure vie des hommes sur cette terre ingrate; sa perception épicurienne d’une existence où l’homme instinctif, sans fard, dépasse la morale traditionnelle, le placent au-delà du seul régionalisme. Son style est riche, ses registres très variés. Écrivain indépendant de toute école, il manie avec la même aisance la langue classique issue de la Renaissance et les expressions liées au terroir. Il sait retrouver le savoureux, l’imagé des parlers populaire et rural, mais aussi un langage sensuel ou poétique pour parler d’une femme ou de la nature. Son ironie est mêlée de tendresse, son verbe est chaleureux. Écrivain solitaire, il reste inimité.
Encyclopédie Universelle. 2012.